En Europe, les volumes de transactions devraient progresser de 5 à 8 %, soutenus par les cessions d’activités non stratégiques et les opportunités de retournement, malgré des contraintes réglementaires persistantes et des écarts de valorisation.
En Asie-Pacifique, une croissance de 10 à 15 % est attendue, portée notamment par l’Inde, le Japon et l’Asie du Sud-Est, avec des flux transfrontaliers d’acquéreurs EMEA vers des marchés à forte croissance.
À l’échelle mondiale, la demande accumulée et l’intégration de l’intelligence artificielle soutiennent la reprise, tandis que la volatilité tarifaire et les contraintes de financement créent un marché à deux vitesses : des opérations ciblées sur le segment intermédiaire et des transactions de transformation de grande ampleur.
Pour les fondateurs engageant un processus de M&A, comprendre les motivations des différents profils d’acquéreurs dans ces régions est essentiel. Cet article présente les principaux types d’acquéreurs — acquéreurs stratégiques, fonds de private equity, family offices et nouveaux acteurs tels que les fonds souverains — ainsi que leurs orientations pour 2026, à partir des tendances régionales et des analyses de marché.
Acquéreurs stratégiques : résilience, intégration technologique et consolidation régionale
En Europe et en Asie, les acquéreurs stratégiques, souvent des groupes cherchant à optimiser leur portefeuille d’activités dans un contexte économique incertain, devraient représenter 65 à 70 % de l’activité régionale en 2026.
Ils privilégieront notamment les acquisitions complémentaires afin d’accroître leur taille, leurs capacités et leur efficacité opérationnelle.
En Europe, après un recul de 12 % des volumes au début de 2025, les acquéreurs ciblent des actifs sous-évalués dans un marché fragmenté. En Asie, les opérations intra-régionales progressent, notamment pour renforcer les chaînes d’approvisionnement.
Orientations clés pour 2026 :
- L’IA, la défense et l’énergie comme priorités stratégiques :
En Europe, l’attention se porte davantage sur la défense, soutenue par l’augmentation des budgets en France et en Italie, ainsi que sur la biopharmacie et les énergies renouvelables. En Asie, les investissements ciblent principalement les semi-conducteurs et les centres de données au Japon et en Inde afin d’accompagner le développement de l’IA. Les acquéreurs EMEA renforcent également leurs investissements en Asie-Pacifique pour diversifier leur croissance. - Actifs en difficulté et opérations de retournement :
En Europe, les secteurs industriels et de biens de consommation du Mittelstand offrent des opportunités d’acquisition à prix attractifs. En Asie, les opérations de retrait de la cote en Corée et en Australie progressent dans un contexte de consolidation et d’activisme actionnarial. - Structures adaptées aux contraintes réglementaires :
Les paiements échelonnés et les joint-ventures sont de plus en plus utilisés en Europe et au Japon afin de répondre aux exigences réglementaires, notamment en matière de sécurité nationale. Les transactions transfrontalières Europe-Asie devraient progresser de 15 %.
Les acquéreurs stratégiques privilégient les actifs présentant des synergies fortes, une capacité d’intégration technologique et des perspectives de croissance durable. Ils accordent également une importance croissante aux critères ESG et aux plans d’intégration, notamment dans les modèles à revenus récurrents.
Fonds de private equity : stratégies de croissance externe et déploiement des liquidités disponibles
Les fonds de private equity en Europe et en Asie disposent de plus de 1 500 milliards de dollars de liquidités disponibles, soutenant une croissance attendue de 7 à 10 % des volumes de transactions en 2026.
Le marché européen cible principalement les secteurs résilients, tandis que les investisseurs financiers asiatiques se concentrent sur les opportunités de sortie au Japon et en Inde ainsi que sur la revue stratégique de leurs participations.
Orientations clés pour 2026 :
- Réorientation vers les secteurs essentiels et technologiques :
En Europe, les investissements se concentrent sur l’industrie, les TMT et les infrastructures. En Asie, les fonds privilégient la santé, la fintech et les véhicules électriques en Chine et en Asie du Sud-Est. - Nouvelles approches de financement et de sortie :
Les fonds de continuation progressent parmi les stratégies de sortie. En Europe, les LBO ciblent notamment les transmissions familiales, tandis qu’en Asie les transactions entre investisseurs financiers se développent dans un contexte de réduction des écarts de valorisation. - Dynamisme du segment intermédiaire :
Les acquisitions complémentaires dans la biotechnologie et l’industrie manufacturière restent attractives, les fonds entrant en concurrence avec les acquéreurs stratégiques pour des actifs sous-évalués.
Les fonds de private equity séduisent les fondateurs en proposant des solutions de capital de croissance et une certaine flexibilité. Toutefois, ils impliquent généralement des audits approfondis de type QoE (« Quality of Earnings ») et des horizons de détention de 4 à 6 ans, les revenus récurrents constituant l’un des principaux critères d’investissement (69 % des acquéreurs).
Family offices et fonds souverains : capital patient et stratégies de couverture face aux incertitudes géopolitiques
Les family offices en Europe et en Asie, qui supervisent plus de 150 milliards de dollars d’actifs, jouent un rôle déterminant dans les transactions discrètes à horizon long terme, en recherchant un équilibre entre performance financière et impact.
Les fonds souverains (« Sovereign Wealth Funds », SWF), notamment ceux du Moyen-Orient, renforcent l’activité transfrontalière en ciblant l’Asie pour diversifier leurs portefeuilles et l’Europe pour investir dans des acteurs industriels historiques.
Orientations clés pour 2026 :
- Secteurs de croissance orientés vers l’impact :
En Europe, les family offices privilégient les technologies intégrant les critères ESG et les énergies renouvelables. En Asie, y compris les fonds souverains, les priorités se portent sur la biotechnologie, l’immobilier et les médias en Inde et en Australie, avec près de 40 % des valorisations intégrant désormais des critères liés à la durabilité. - Transactions collaboratives et discrètes :
Les regroupements de plusieurs family offices facilitent les processus de due diligence, tandis que les fonds souverains soutiennent des joint-ventures dans les secteurs de la défense et de l’énergie, notamment dans le cadre des flux d’investissement entre le Moyen-Orient et l’Asie. - Détention à long terme pour renforcer la résilience :
L’absence de contraintes liées à un cycle d’investissement prédéfini permet aux fondateurs de préserver leur héritage entrepreneurial, avec une attention particulière portée à la gouvernance dans des marchés volatils.
Ces investisseurs constituent des partenaires privilégiés pour les entreprises dont les activités correspondent à leurs domaines d’intérêt, privilégiant la confidentialité et l’adéquation stratégique plutôt qu’une recherche de liquidité à court terme.
Nouveaux acquéreurs : search funds et acteurs soutenus par des investisseurs activistes
Les search funds connaissent un essor important dans le segment intermédiaire européen marqué par les difficultés économiques, en acquérant des PME afin de mener des stratégies de transformation opérationnelle sous la direction d’un repreneur.
En Asie, ils ciblent notamment la consolidation du marché australien et les réformes de gouvernance au Japon.
Les investisseurs activistes en Corée et au Japon accélèrent les opérations de retrait de la cote (« take-private »), contribuant à une hausse de 20 % des volumes régionaux.
Conclusion : adapter les stratégies aux dynamiques régionales
En 2026, le marché européen du M&A devrait privilégier des opérations prudentes et orientées vers la création de valeur, notamment dans les secteurs de la défense et de l’industrie.
En Asie, la dynamique de croissance repose davantage sur la technologie et la consolidation des marchés, notamment au Japon et en Inde — deux régions où la préparation à l’intelligence artificielle et la conformité ESG deviennent des facteurs différenciants.
Alors que les volumes mondiaux devraient progresser de 8 à 12 %, avec une forte segmentation selon la taille des opérations, les fondateurs devront adapter leur approche en fonction du profil des acquéreurs :
- les synergies pour les acquéreurs stratégiques ;
- la capacité de croissance et de développement à grande échelle pour les fonds de private equity ;
- l’impact et la vision de long terme pour les family offices et les fonds souverains.
Comme le soulignent PwC et CMS, les acteurs capables d’adapter leurs stratégies transactionnelles et d’utiliser des solutions de financement alternatives seront les mieux positionnés dans cet environnement résilient mais contrasté.
Il est essentiel pour les dirigeants d’engager dès maintenant des conseillers régionaux afin de saisir les opportunités liées à cette reprise du marché.


